La musique et les droits d'auteurs

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Jean-Pierre Salaün
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La musique et les droits d'auteurs

Message par Jean-Pierre Salaün » lun. 22 novembre 2010, 19:38

Bonjour Roland,
Tout d’abord merci pour cette participation volontaire qui nous ravit sur ce forum que nous apprécions tous. Cette question me brûle depuis fort longtemps donc je te la pose. Il s’ agit des droits d’auteurs censés rémunérer les compositeurs, concernant les pièces interprétées et mises à disposition sur le « NET ». En fait qu’en est-il dans la réalité ????????. J’ai le sentiment très fort que sans vos élèves, la musique serait bien triste rémunératrice.
J’ai aussi parfois le sentiment que cette protection joue contre le compositeur en étouffant sa création (faute de mise à disposition à la connaissance du plus grand nombre). Pas moyen pour l’interprète de la jouer et de la faire connaitre sans passer par les voies légales, c'est-à-dire la « SACEM ». Je n’ai pas envie de rétribuer la SACEM, ne sachant pas quelle part revient réellement au créateur. Mais j’ai envie que le musicien vive et vive bien de sa musique, j’ai envie que le plus grand nombre ait connaissance de ces trésors cachés dans des tiroirs fermés à double tour par le carcan du contrôle.
Ces propos n’engagent que moi mais j’aimerais tout de même avoir ton avis sur ce sujet, car je me trompe peut-être.
Bien à toi


(A question I have felt strongly about for a long time is about the copyright fees that are supposed to remunerate composers for the pieces performed and made available on the "NET". In fact what happens in reality? I have a strong feeling that without your students, music would not provide much of a living.

I also sometimes feel that this protection works against the composer, stifling his creativity (through not making his work known to more people). No way for the performer to play it and make it known without going through legal channels, that is to say, "SACEM". I do not want to pay out to SACEM, not knowing what part of the payment really goes to the creator of the work. But I want the musician to live and live well from his music, I want as many people as possible to get to know the hidden treasures in these drawers closed and double-locked by the shackles of control.

I only speak for myself, but I'd still have your opinion on this subject, because maybe I'm wrong.)
https://www.youtube.com/user/jpsalaun

Guitare Antonio Marin 2010, cordes Knobloch fort tirant
Guitare Masaru Kohno 1980, cordes Savarez Cantiga creation
Guitare Alhambra 10P 2004, cordes Savarez Cantiga creation

Roland Dyens

Re: La musique et les droits d'auteurs

Message par Roland Dyens » mar. 23 novembre 2010, 20:10

Jean-Pierre Salaün a écrit :Bonjour Roland,

Bonjour Jean-Pierre,

On joue un peu au jeu de la vérité ?

Ok, on y va (un peu en vrac mais on y va).

Même le tango en skaï, même la Libra Sonatine, la Saudade 3 et quelques autres des tubes objectifs que j'ai pu commettre et qui sont archi-joués (archi-joués je répète) dans le monde, ne rapportent que peanuts ou à peu près (cela dépend des différentes répartitions en fait - 2 des 4 trimestres de l'année sont plus rémunérateurs que d'autres car incluant les droits d'auteur à l'étranger).
Dans les trimestres fastes, je peux (avec ces tubes donc, mais aussi tout ce que j'ai pu écrire dans ma vie) toucher dans les 5 ou 6.000 euros. Rarement d'avantage. Par an. Ce qui est, vous l'avouerez, bien peu au regard de ce que j'ai pu produire, convenez-en.
Je ne vous raconte pas les Royalties tant ceux que me "rapportent" (que nous rapportent à nous tous, compositeurs) les ventes de cd's ou de partitions car vous risqueriez de ne pas me croire tant ils sont dérisoires, Tango en skaï ou pas (et D. sait que cette petite pièce est jouée, probablement même à l'instant où j'écris cette phrase).
Alors la fotaki ? Je n'en sais rien mon cher. Un peu à tout, un peu à tous (mis à part les japaonais, les guitaristes achètent-ils tous les partitions ? (Ah ouais ? :okok:), un peu beaucoup à Internet, au fait que les jeunes ne sont pas forcément garnis aux as, au fait que...que...que...
Au fait que..Bon, drapeau blanc à la fin. Je n'attends plus rien de ce côté-là à vrai dire. Mes droits d'auteur (nos droits d'auteur à nous tous, compositeurs de musique) sont à prendre comme ils sont : un peu de beurre dans les épinards, voilà tout.
Tout le monde en réalité est plus ou moins, peu ou prou lésé dans cette aventure, dans ces histoires de "droits" d'auteur. J'ai aussi une pensée pour les producteurs (non vampires) de cd's et de dvd's - à ma productrice en particulier - qui souffrent très directement des monstrueux abus youtubesques dus aux uns et aux autres. Qui l'ignore encore ?

Une petite anecdote pour finir ?
L'an dernier, long voyage depuis les USA. L'avion qui me ramenait d'abord à Paris finissait sa course à Islamabad.
J'ai récupéré ma valise, une semaine plus tard. Je n'ai jamais récupéré l'aure valise, plus petite, mais qui contenait 75 de mes cd's et dvd's :(
Dur dur, right ?
Au bout de 2 semaines j'ai positivé l'affaire (tout au moins j'ai "décidé" de la positiver) en me disant "ok, volé pour volé, puissent ces "supports à musique" faire le bonheur de quelques indiens (un dyens valant toujours mieux que 2 tue-Laura comme chacun sait).

Quant à mes étudiants, puisque vous en parlez, vu qu'ils ne sont pas d'avantage que d'autres les interprètes ou a fortiori les "ambassadeurs" de ma musique (il faut avouer que je ne les incite jamais à l'être :wink: ),il est heureux que je ne dépende pas d'eux pour être le Jean-Jacques Goldman de la guitare classique pour conclure sur ce chapitre des droits d'auteur :wink: .

À bientôt Jean-Pierre.


Roland Dyens - Membre de la ça sème (à tout vent)


Tout d’abord merci pour cette participation volontaire qui nous ravit sur ce forum que nous apprécions tous. Cette question me brûle depuis fort longtemps donc je te la pose. Il s’ agit des droits d’auteurs censés rémunérer les compositeurs, concernant les pièces interprétées et mises à disposition sur le « NET ». En fait qu’en est-il dans la réalité ????????. J’ai le sentiment très fort que sans vos élèves, la musique serait bien triste rémunératrice.
J’ai aussi parfois le sentiment que cette protection joue contre le compositeur en étouffant sa création (faute de mise à disposition à la connaissance du plus grand nombre). Pas moyen pour l’interprète de la jouer et de la faire connaitre sans passer par les voies légales, c'est-à-dire la « SACEM ». Je n’ai pas envie de rétribuer la SACEM, ne sachant pas quelle part revient réellement au créateur. Mais j’ai envie que le musicien vive et vive bien de sa musique, j’ai envie que le plus grand nombre ait connaissance de ces trésors cachés dans des tiroirs fermés à double tour par le carcan du contrôle.
Ces propos n’engagent que moi mais j’aimerais tout de même avoir ton avis sur ce sujet, car je me trompe peut-être.
Bien à toi


(A question I have felt strongly about for a long time is about the copyright fees that are supposed to remunerate composers for the pieces performed and made available on the "NET". In fact what happens in reality? I have a strong feeling that without your students, music would not provide much of a living.

I also sometimes feel that this protection works against the composer, stifling his creativity (through not making his work known to more people). No way for the performer to play it and make it known without going through legal channels, that is to say, "SACEM". I do not want to pay out to SACEM, not knowing what part of the payment really goes to the creator of the work. But I want the musician to live and live well from his music, I want as many people as possible to get to know the hidden treasures in these drawers closed and double-locked by the shackles of control.

I only speak for myself, but I'd still have your opinion on this subject, because maybe I'm wrong.)

English translation:

Shall we play a little truth game?

Ok, here we go (in a bit of a jumble but here we go anyway).

Even Tango en skaï, even Libra Sonatine, Saudade 3 and several other real hits that I have managed to produce and which are hyper-played (hyper-played, I repeat) throughout the world, only bring in peanuts more or less (depending on the different distributions in fact - 2 of the 4 quarters of the year are more profitable than others because they include copyrights abroad).
In the lean quarters, I can (with these hits, but also with everything else I have written in my life) make up to around 5 or 6,000 euros. Rarely more. Per year. Which is, I'm sure you'll agree, very little compared to what I might have been able to make, admit it.
I won't tell you about the Royalties "earned" for me (for all us composers) from sales of CDs or scores, as they are so derisory that you may not believe me, Tango en skaï or not (and heaven knows that this little piece is probably being played at this very second as I write this sentence).
So who is to blame? I don't know my friend. To some extent everything and everyone (apart from the Japanese, do guitarists buy all the scores? Yeah? :okok: ), also the Internet to quite some degree, the fact that young people are not necessarily made of money, the fact that ... that ... that ...
The fact that .. Well, I give up. I no longer expect anything more from that side to be honest. My copyrights (all our copyrights, we composers) have to be taken as they are, enough to put a little butter on the spinach, and that's all.
In reality everyone suffers to some degree or other in this matter, this business of authors' "rights". I also spare a thought for the producers (the non-exploitative ones) of CDs and DVDs - for my producer in particular - who suffer very directly from the monstrous youtubesque abuses from all and sundry. Who hasn't seen that?

A little anecdote to end with?
Last year, a long trip back from the USA. The plane that dropped me off in Paris went on to finish its flight in Islamabad.
I got one of my suitcases back a week later. I never got the other one back, a smaller case, but containing 75 of my CDs and DVDs :(
Tough, right?
After 2 weeks I had seen the positive side of the affair (at least I had "decided" to see the positive side), telling myself "OK, what's stolen is stolen, may these "musical aids" bring happiness to a few Indians" (One Dyens in the hand always being worth more than two in the bush, as everyone knows).

As for my students, since you mention them, as they are no more performers or rather "ambassadors" of my music than anyone else (I must admit that I never encourage them to be :wink:), it is just as well that I don't depend on them for making me the Jean-Jacques Goldman of the classical guitar, to conclude this chapter on copyright :wink:.

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Jean-Pierre Salaün
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Re: La musique et les droits d'auteurs

Message par Jean-Pierre Salaün » mar. 23 novembre 2010, 22:18

Merci Roland, pour ces quelques éléments de réponse que j'aurais souhaité plus optimistes, mais c'est sans surprise aucune.
Il reste un sacré bout de chemin à faire pour trouver la juste équation.. Heureusement que nous avons nous, la musique............... :casque:
à bientôt / Jean-Pierre
https://www.youtube.com/user/jpsalaun

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