[PDF] da Milano, Francesco - Ricercar N 51

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Fanfan
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[PDF] da Milano, Francesco - Ricercar N 51

Message par Fanfan » dim. 27 novembre 2005, 16:49

« entre autres plaisirs de rares choses assemblées pour le contentement de ces personnes choisies, se rencontra Francesco di Milan, homme que lon tient avoir atteint le but (s’il se peut) de la perfeccion à bien toucher un lut. Les tables levées il en prent un & comme pour tater les acors, se met pres d’un bout de table, à rechercher une fantaisie. Il n’ut esmu l’air de trois pinçades, qu’il ront les discours commencez entre les uns & les autres … & les ayant contreint tourner visage, la part ou il estoit, continue avec si ravissante industrie, que peu à peu faisant par une sienne divine façon de toucher, mourir les cordes sous ses dois, il transporte tous ceus qui l’escoutoient, en une si gracieuse melancolie, que l’un, apuiant sa teste en la main soutenue du coude: l’autre, estendu lachement en une incurieuse contenance de ses membres: qui, d’une bouche entr’ouverte & des yeux plus qu’à demi desclos, se clouant (ust on jugé) aus cordes, & qui d’un menton tombé sur la poitrine, desguisant son visage de la plus triste taciturnité qu’on vit onques, demeuroient privez de tout sentiment, ormis de l’ouïe, comme si l’ame ayant abandonné tous les sieges sensitifs, ce fust retirée au bord des oreilles, pour jouir plus à son aise de si ravissante symphonie: & croy (disoit Monsieur de Vintimille) qu’encore y fussions nous, si lui mesmes, ne say je comment se ravissant, n’ust resuscité les cordes, & de peu à peu envigourant d’une douce force son jeu, nous ust remis l’ame & les sentiments, au lieu d’ou il les avoit derobez: non sans laisser autant d’estonnement à chacun de nous, que si nous fussions relevez d’un transport ectastiq de quelque divine fureur. »

Pourquoi ne pas tester sur vos proches, grâce à ce magnifique ricercar, ce qui demeure dans notre société postmoderne des pouvoirs magiques de la musique ? Ceux-ci, attestés dans l’antiquité par les exemples d’Orphée, Arion ou Amphion et de leurs lyres emblématiques, n’avaient rien perdu de leur efficacité à la Renaissance si l’on prête foi à l’anecdote ci-dessus, rapportée par Pontus de Tyard. Cette pièce présente l’intérêt supplémentaire de constituer sauf erreur une nouveauté sous forme de partition pour guitare, bien qu’il en existe plusieurs tablatures sur le Web.

De couleurs sombres et de tempo retenu, elle exploite beaucoup le registre grave de l’instrument, en particulier dans le long passage médian où une mélodie est jouée sur les trois cordes graves avec un accompagnement dans l’aigu.

Techniquement, j’ai un petit peu de mal avec les mesures 24, 99 et 112, mais je suppose qu’un capo à la troisième case devrait aider. En tout cas, la solution n’est pas à mon sens de revenir à l’accord de la guitare moderne : cela ne ferait que déplacer les difficultés vers d’autres mesures (48, 98, entre autres…)

Le luthiste Paul O’Dette joue cette pièce en 2’29’’, ce qui met la noire à 100 à peu près, et Jérémy Jouve met 10’’ de plus dans son récital de guitare paru chez Naxos : presque toutes les autres versions que j’ai entendues se situent dans cette fourchette.

Finale NotePad étant ce qu’il est, ma partition n’est peut-être pas très jolie, mais j'espère qu’elle est claire.

Bonnes séances d’envoûtement !

Fanfan
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